Un jour en Indochine

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 Numéro 9 : LA CHUTE

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Nadine_ Crow

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MessageSujet: Numéro 9 : LA CHUTE   Lun 8 Juin - 3:43

LA CHUTE


On demande souvent aux artistes ce qui les a influencés lors de la création de leurs œuvres. La République Des Météors n'a pas échappé à la règle, Nicola a déclaré lors d'une interview accordée au site "le jdd": "A Berlin, j'ai vu le film La Chute, sur les derniers jours d'Hitler, et j'ai mis du temps à m'en remettre." Ce qui tombait bien pour moi qui l'avais également vu. Alors, ce mois-ci, je vous présente ce film dont le titre original est Der Untergang. Réalisé par Olivier Hirschbiegel, sa sortie en 2005 n’est pas passée inaperçue.

Encensé par la critique spécialisée, diffusé par les cinémas d’art et d’essai et démoli par une poignée de spectateurs qui étaient complètement à côté de la plaque puisqu’ils ont qualifié cette œuvre de... néonazie, rien que ça. Je ne serai pas la seule à avoir entendu cela : « N’allez pas voir ce film, c’est absolument immonde, on fait l’éloge d’Hitler ! C’est une honte ! ».


Ces propos m’ont laissée perplexe ; un cinéma ne diffuse pas n’importe quoi. De plus, nous avons le CSA qui décide pour nous de ce qui est bien ou tendancieux, dans le second cas nous n’aurions pas accès au contenu en question.

Pour leur gouverne, nous ne sommes plus au temps de la propagande dans les cinémas populaires où les films de Leni Riefenstahl et autres documentaires scientifiques, comparant le rat au Juif, éduquaient le
peuple.



Ces spectateurs-là, ce sont ceux qui sont sortis de la salle au bout de dix minutes de projection et cela serait fort étonnant qu’ils aient revu l’œuvre après coup. Ce qu’ils auraient dû faire…

Cet article n’est pas une critique intégrale du film, mais une volonté de mettre le doigt sur ce dernier point.Parce que la critique populaire aura été injuste envers cette œuvre en la qualifiant de ce qu’elle n’est pas. Et pourtant…
Dès le commencement, nous sommes mis au parfum. Le film débute sur un micro documentaire qui montre le témoignage d’une femme, cette dernière déclare qu’elle n’avait pas perçu le monstre qu’était Hitler, elle n’a pas vu venir. La suite n’est qu’une courte mise en application. Qui paraît tellement longue…

Alors, qu'est-ce qui aurait pu faire que le film suscite un tel rejet ? Quels mécanisme de réalisation ? Quel point de vue ?

Voilà sûrement une réponse qui permet de mieux comprendre.

Je ne dis pas que ce film est simple à voir la première fois, c’est même le contraire. On est jeté sans ménagement devant nos propres limites et c’est assez pénible à encaisser.

Suite au témoignage, nous débutons avec un aspect que l’on refuse d’évoquer en temps normal ; la psychologie d’Adolf. Car il s’agit plus d’Adolf que d’Hitler. Vous trouvez l’un des plus grands monstres que l’humanité ait connue dans sa simplicité d’homme. Il est vieux, malade (sa main tremble continuellement, indiquant un parkinson), recroquevillé. En somme, il est misérable. Cet homme s’exprime avec respect et gentillesse (voire mielleux ?), il est en train de recruter une nouvelle secrétaire du Parti. On le voit tel qu’on ne nous l’a jamais exposé et tel que le peuple le voyait sans doute à l’époque. C’est assez contradictoire avec sa figure impitoyable que nous connaissons tous. Et là survient l’impensable, notre inconscient nous projette sur ces femmes qui disent du bien de lui et l’on pense alors que cet homme qui fait preuve de sympathie n’a pas pu commettre tout ça. Malgré toute notre culture sur le sujet, toute notre révulsion envers ce dictateur, on commence à se laisser entraîner bien malgré nous. Mais ne
vous en faites pas, vous êtes entre de bonnes mains, ce que l’on vous montre, ainsi que le ressenti que vous pourriez en avoir, est contrôlé. Quelques minutes d’immersion dans l’intimité si humanisée du monstre nous ouvre une piste de réflexion. On se prend le mur de nos limites en pleine face ; peut-on accepter l’abjection, tremper les mains dans le sang à notre manière (par un début de pseudo révisionnisme) si on nous présente cela sous un jour qui provoque notre pitié, notre empathie ? Notre raison hurle que non, bien sûr. Mais que sommes-nous en train de faire au bout de ces premières minutes ?!
Nous régressons vers cette époque, le recul historique est momentanément
oublié. Nous prenons donc conscience, par la même occasion, de la puissance non négligeable de l’image. Elle peut nous faire basculer vers ce que nous rejetions. Ce serait une énorme démonstration d’hypocrisie que d’affirmer qu’un avis est immuable même si on lui montre ce qu’il n’admet pas sous un jour fort bien avantageux en titillant ses bons sentiments. Les médias l’ont bien compris, nous sommes plongés dans ces manières de faire depuis des années. Les politiques actuels sont friands d’intimité filmée.


Il y a donc une première chute : nous tombons de haut car nous prenons conscience que nous sommes potentiellement manipulables, que rien n’est acquis.

Je présume que le réalisateur a lu Mein Kampf avant d’écrire ce film. Ce livre est très dangereux pour une raison précise ; plus vous avancez dans la lecture et moins vous prenez de recul car vous êtes absorbé par toutes les horreurs écrites à l’intérieur, c’est tellement bien tourné... Et vient un moment où vous vous laissez presque convaincre par ce qui est dit. Il faut alors fermer l’ouvrage et se ressaisir,re-situer les choses. Cela, je l’ai appris d’un historien et je pense que c’est ce que le réalisateur a ressenti. Il s’en est sûrement servi pour donner plus de force au début du film.

C’est à ce moment-là que le spectateur lambda quitte la salle en fulminant et sort se plaindre d’avoir vu un sale film pas très sain. Mais peu après vient le soulagement car nous voyons le vrai visage d’Hitler ; paranoïaque, cruel, psychorigide et violent. Il s’exprime devant ses hommes avec agressivité et ces mots en bouche : « le peuple a ce qu’il mérite ». Nous quittons alors le point de vue d’un peuple manipulé pour celui de la triste vérité historique. Juste au bon moment : avant de prendre vraiment ce dictateur en sympathie.


C’est la chute des apparences, celle d’un homme perçu comme respectable. Pour que cet effet soit parfait, il fallait Bruno Ganz. Outre sa ressemblance étonnante avec Hitler, son jeu d’acteur est épatant. La crédibilité donnée au film a donc fortement déplu aux détracteurs. Quant à nous, dès lors il est impossible d’éprouver autre chose qu’un sentiment négatif à son égard. Même lorsqu’on le voit souffrir lors de la mort de sa chienne, qu’il a du mal à voir en face, on a de la pitié… pour l’animal. On aura beau nous montrer n’importe quoi, impossible de revenir à l’impression précédente.


« Regarde ce que je vois, et pense ce que je pense car je maîtrise tout depuis le début », voilà ce que pourrait nous dire le réalisateur. Mais cela fait toujours mal de savoir que l’on peut se faire avoir et ça rend peu commode. La critique en aura souffert.

Ce film n’en restera pas moins une belle démonstration de propagande et d’anti-propagande.

**********************************************

Alors... J'aurais voulu avoir un avis sur l'article venant d'une autre personne qui a vu le film afin de comparer nos ressentis. Cela serait fort intéressant et permettrait de voir s'il y a à retravailler l'article ou non.

Quant à moi, je relirai à froid et apporterai des retouches si besoin est.

A part cela, j'attends vos avis. Avez-vous envie de voir le film d'après ce que je vous en montre ?






Dernière édition par Nadine_ Crow le Jeu 2 Juil - 23:30, édité 2 fois
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Unita

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MessageSujet: Re: Numéro 9 : LA CHUTE   Jeu 11 Juin - 10:17

Je n'ai malheureusement pas pu voir le film et ce n'est pas faute d'avoir essayé. Néanmoins, j'ai lu "Mein Kampf", du moins une partie. C'est un ouvrage immonde qui donne la nausée tellement il est inhumain. Je le savais mais j'ai minimisé ce que j'en avais entendu.

Bon article mais quel rapport avec Indochine...? Pourquoi mettre ceci dans le journal?
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Indotab

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MessageSujet: Re: Numéro 9 : LA CHUTE   Jeu 11 Juin - 11:00

Je trouve ton article très bien écrit, avec un ton juste. Nous n'avons pas vu ce film, mais j'ai pu voir quelques extraits et déjà on peut ressentir ce malaise. Mais nous essayerons de nous le procurer pour le voir.

Unita a écrit:
Bon article mais quel rapport avec Indochine...? Pourquoi mettre ceci dans le journal?

Je laisse le soin à Nadine de répondre, mais peut être faut il introduire ce lien dans l'intro de l'article ?
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Nadine_ Crow

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MessageSujet: Re: Numéro 9 : LA CHUTE   Ven 12 Juin - 0:45

Eh bien, j'avais entendu en interview vidéo que Nicola l'a vu et que ça lui a inspiré la chanson "Le dernier jour".

A moins que j'aie mal entendu ?
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morino-yû

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MessageSujet: Re: Numéro 9 : LA CHUTE   Sam 13 Juin - 22:49

Alors en ayant vu le film, je trouve ton article très bien écris, très fidèle. La première fois que je l'ai vu, je suis ressortie de la salle tremblante...comment avait-je pu pendant de longs instants, percevoir ce monstre comme humain? Et pourtant, j'avais eu ce sentiment de pitié, de sympathie pour cet homme faible dans sa vieillesse, et "mielleux" avec les femmes....Mais heureusement, j'avais su garder à l'esprit l'horreur dont il a été coupable...J'ai beaucoup pensé au leurre des sentiments humains, à la facilité d'être manipulé....de ne pas voir la face caché des choses, ou des gens au bon moment...

Une autre chose, que tu ne traite pas (peut-être volontairement?): le film aborde aussi la question de tous ces hommes, ces militaires notamment, qui se rendent comptent de la folie d'Hittler, mais qui continuent malgré tout de suivre ses ordres (si je me rappelle bien en tout cas). Ce qui pose la question (au spectateur) d'agir ou non et dans quel état de conscience, ...je ne trouve pas comment exprimer cela, mais je pourrai rajouter en bref que le réalisateur à voulu que nous nous demandions ce que nous aurions fait à l'époque à la place de tous ces gens....

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Nadine_ Crow

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MessageSujet: Re: Numéro 9 : LA CHUTE   Dim 14 Juin - 3:54

Disons que j'ai tellement aimé ce film ( et recommandé autour de moi) que cette réputation, je l'ai trouvée injustifiée.

D'où mon insistance sur cet aspect du film. Ca change des critiques intégrales, ça se rapproche plus d'une analyse de séquence comme je l'aurais fait en examen de bac devant des universitaires.

Ravie de voir que j'ai pas mal œuvré, cet article je le méditais depuis bientôt deux mois, comment trouver le mot juste, etc... Embarassed

J'ai failli parler de la relation avec Eva mais bon, j'ai abandonné car j'avais pas grand-chose à en dire à part : c'est fou comme elle méconnaît son époux.
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Unita

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MessageSujet: Re: Numéro 9 : LA CHUTE   Lun 15 Juin - 12:44

Nadine_ Crow a écrit:
Eh bien, j'avais entendu en interview vidéo que Nicola l'a vu et que ça lui a inspiré la chanson "Le dernier jour".

A moins que j'aie mal entendu ?
Pas vu la vidéo mais je veux bien le croire. Je pense que tu devrais le préciser en introduction...
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Nadine_ Crow

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MessageSujet: Re: Numéro 9 : LA CHUTE   Lun 15 Juin - 13:33

Oui Wink

Je rééédite, je suis contente de moi, et voilà :

La chimie prend vite. "
Musicalement, on savait bien qu'on voulait de l'ukulélé, de l'accordéon." C'est sur ses textes que Nicola, auteur du groupe, se sent d'abord "le cerveau à sec". Il conjure le vide en voyageant à Venise et Berlin, deux capitales d'art contemporain. "A
la Biennale de Venise, le pavillon de Sophie Calle m'a subjugué. Partir
d'un acte impudique comme une lettre de rupture pour provoquer un
événement poétique, chapeau! A Berlin, j'ai vu le film La Chute
, sur les derniers jours d'Hitler, et j'ai mis du temps à m'en remettre."

Je savais bien que je n'avais pas fumé des choses étranges cheers

Article complet ici : http://www.lejdd.fr/cmc/culture/200910/indochine-l-album-tant-attendu_190951.html
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Nadine_ Crow

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MessageSujet: Re: Numéro 9 : LA CHUTE   Jeu 2 Juil - 23:31

J'ai modifié mon intro ! Very Happy
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Indotab

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MessageSujet: Re: Numéro 9 : LA CHUTE   Ven 3 Juil - 0:11

Super !
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MessageSujet: Re: Numéro 9 : LA CHUTE   

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