Un jour en Indochine

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 N°11 - Le son d'Indochine

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Indotab

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Date d'inscription : 22/09/2008
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MessageSujet: N°11 - Le son d'Indochine   Jeu 15 Avr - 3:45

J'avais demandé à Ulysse de faire un article sur l'évolution du son d'Indochine. Ravi, il a accepté tout de suite, et voila ce qu'il a écrit :

Ulysse a écrit:
Bon, je pars sur le principe qu'il vaut mieux trop en dire que pas assez... J'espère que l'article te conviendra...


Le son d'Indochine



« Vous connaissez Indochine ?
- Oui, Indochine, c'est L'aventurier ! "Bob Morane, contre tout chacal..."
- Oui je connais "J'ai demandé à la Luunee..."
- J'aime bien la dernière ! "Comme un héroos..." »

D'où vient le son d'Indochine ? Très vague question, quand on compare l'Aventurier et Un Ange à ma Table, les deux singles aujourd'hui à l'extrême du parcours du groupe. D'un côté, on se retrouve avec une new wave pop remplie de synthétiseurs diverses boîtes à rythmes, une guitare claquante, un chant nerveux et imprécis... De l'autre avec un son beaucoup plus rock avec une vraie batterie, des guitare acoustiques, électriques distordues, une voix beaucoup plus mûre et nette. Évidemment, nous savons que la formation d'origine a bien changé depuis les débuts du groupe. Tant d'évènements tels que le départ de Dimitri, du compositeur principal Dominique, puis le décès de Stéphane... Pour faire place aujourd'hui à Marc Éliard (depuis 1992), Boris (qui remplaçait Stéphane malade), Oli qui est désormais le compositeur principal, Mr Shoes ainsi que Matu (premier clavieriste à composer un single). La route d'Indochine fut jusqu'aujourd'hui longue et imprévisible, essayons d'en retracer le chemin... à l'oreille.

Chez leur mère à Tournai, les frères Sirkis se prennent dès l'enfance à s'intéresser à la musique. L'aîné, Christophe, fait découvrir Abbey Road des Beatles (groupe qu'il adore) à Nicola et Stéphane, qui de leur côté bidouillent leurs postes pour capter les radios pirates d'Angleterre et de Hollande, où ils découvrent des groupes anglo-saxons comme les Rolling Stones. Nicola remarque la chorale de son école et y postule. « Ils prenaient l'avion pour aller chanter en Israël, aux États-Unis... [...] Au bout d'une heure, ils m'ont jeté parce que je n'avais pas la voix. Déjà, ça commençait... » (2). Après leur premier concert (de Chicago) au Palais des Sports, Stéphane forme vite son propre groupe, du nom de Light, aux influences Genesis, Soft Machine, Yes... C'est-à-dire en plein dans le rock psychédélique. Celui-ci fera découvrir à Nicola sa future idole : David Bowie. Incarnant Ziggy Stardust, il symbolisera pour Nicola un concept bien plus intéressant que celui des barbus du rock progressif actuel... Des chansons courtes et directes, mélées à de la provocation, on se rapproche peu à peu de l'orientation qu'aura Indochine... Les révélations musicales se poursuivent pour cet adolescent qui suit les tournées : les Sparks, les Stones, Patti Smith... La dernière artiste marquera pour longtemps Nicola : la voix, les paroles très provocatrices mais emplies de références littéraires que Nicola affectionne (Rimbaud, Baudelaire...), son look androgyne, développé aussi par notre Bowie. Des groupes subversifs, surprenants, voilà ce qui intéressait notre future star. À l'aube des années 80, Nicola arpente la scène parisienne du côté des spectateurs. En pleine ébullition, voici des groupes qui mêlent guitares et synthé : Taxi Girl, Modern Guy, Stinky Toys, Suicide Romeo... Il devient un habitué du Rose Bonbon, bar-concert qui jouera un rôle décisif dans la carrière d'Indochine.

Discrètement mais plein d'espoir, Nicola parcourt également avec ardeur les petites annonces de Rock & Folk, dans le but de trouver un groupe recherchant un chanteur. Les Espions le recrutent, mais pas pour longtemps... Ils le nomment cependant manager et recherchent un bassiste. C'est une personne du nom de Dominique Nicola qui répondra. « J'ai flashé sur lui, avoue Nicola, parce qu'il avait une attitude assez forte. Il était très branché par le punk [...]. C'est lui qui me ramenait le soir, après les répétitions » (2). Effectivement Dominique adorait Trust, Metal Urbain, Asphalt Jungle, Generation X... qui trônaient quelques soirs au Gibus. Il claqua ses premiers accords sur God Save the Queen (Sex Pistols). « Je me suis offert une guitare à deux cent francs et un ampli Vox. J'ai appris en regardant le guitariste de Métal Urbain. Comme personne ne voulait jouer avec moi, j'ai longtemps "bœufé" avec une boîte à rythmes. Ensuite, j'ai découvert la structure de groupe et j'en suis devenu tellement fan que j'en changeait chaque semaine. Dans le même temps, j'étais fasciné par Johnny Thunders et Link Wray »(2). Nicola et Dominique préparent finalement en secret des Espions des petits morceaux à deux comme Françoise, Tonkin, Petite Fille, Dizzidence Politik (reggae spécial à la UB40)... Le chanteur calque sa voix sur les riffs de guitare (Françoise) et trouve presque instantanément des paroles qu'il griffonne nerveusement sur un calepin. Mais à deux, difficile de construire quelque chose de solide... Nicola remarque par le biais des magazines spécialisés la popularité croissante des saxophonistes de groupes de rock. Pensant aussitôt à un camarade de lycée qui débute le saxophone, les deux musicos filent sonner chez Dimitri Bodianski. Écoutant les Clash, Lou Reed, Bowie et Patti Smith, ils finiront bien par s'entendre... Les débuts sont assez difficiles, car Dimitri n'est pas dans la bonne tonalité « Mon magnéto ne devait pas tourner à la même vitesse que celui qui avait servi à leur enregistrement »(2).Une fois l'expérience des Espions bien finie, Indochine prend officiellement forme avec ses trois musiciens. Place à la spontanéité, pas de contraintes techniques (une joie pour Dimitri), les compositions se font sur du matériel très simple : magnéto 2 pistes, boîte à rythmes et une simple chambre d'écho pour la voix de Nicola. Plus tard, Stephane rejoindra le groupe en premier temps pour s'occuper des rythmes et du synthé.

On remarquera que le groupe s'oppose dès le départ aux formations classiques "Batterie-Guitare-Basse-Chant". Ici, on se retrouve dans une formation hybride avec une twanging guitar (Fender Mustang) à la Shadows, un hoquetant chant à la rockabilly mais avec l'énergie punk, des rythmes nerveux et répétitifs. Mais surtout, la musique comme la voix nous emmène étrangement dans un univers un peu exotique-asiatique, dû en partie au son de la guitare, qui peut nous faire penser aux instruments à cordes traditionnels qu'on aurait amplifié et bidouillé d'effets. On remarquera aussi la simplicité et le son pas trop chargé (aller directement à l'essentiel) mêlé au tempo rapide, qui développe une sorte de sentiment d'urgence (Par exemple sur Indochine, les 7 Jours de Pékin). Le groupe surfera sur cette vague pour son deuxième album, Le Péril Jaune. Les multiples références à l'Asie (La Sécheresse du Mekong, Okinawa, Tonkin, Shangaï, À l'Est de Java...) ne dépaysent pas, au contraire, l'auditeur du premier album. On rentre réellement dans un univers quasi-conceptuel. On remarquera que le groupe s'essaye à la symphonie pour l'ouverture et la fermeture de l'album... Certainement pour affirmer une maturité dans la composition malgré leur sur-exposition médiatique doublé de leur jeune âge. À l'époque de 3, on reproche à Indochine de plagier les Cure. Effectivement, le look de Nicola ressemble fort à celui de Robert Smith. Quand à la musique, on peut aujourd'hui trouver des analogies dans les tubes Just Like Heaven ou Friday I'm In Love. Malheureusement, ils sont sortis respectivement en 1987 et 1992, soit après cette période (82-85). D'autres morceaux ressemblent au son d'Indochine, mais on peut douter du plagiat lorsqu'on voit l'évolution de la sonorité Indochine par rapport à celle des Cure. « Moi je n'ai pas du tout le sentiment d'avoir copié The Cure. Je me maquillais avant Robert Smith et notre musique n'a rien à voir. J'ai ma conscience pour moi. »(1) Pour les autres ressemblances, Nicola disait : « On plaisait aux fans de The Cure ou de Rick Ocasek (The Cars) mais aussi à ceux de Daho, Niagara, de tout ce qui se retrouvait au Top 50. »(1).

Avec 7000 Danses, on rentre dans un album déjà plus mature. Comme pour Le Péril Jaune, une symphonie aux accents légèrement asiatiques introduit l'album. On retrouve la guitare vibrato de Dominique, les rythmes énergiques (joués désormais par un percussionniste), la voix saccadée de Nicola. Cependant, on sent que sur plusieurs morceaux, on a privilégié la recherche des mélodies à l'énergie de la chanson (7000 danses, La chevauchée des champs de blé, La machine à rattraper le temps, Une maison perdue). La plupart de l'album sonne clairement pop, et pour la première fois les synthés se font discrets.

Mais la première phase d'évolution se dessine clairement lors de la sortie du Baiser. Le départ de Dimitri écarte le saxophone des compositions, mais le groupe se rattrape en privilégiant pour la première fois les instruments acoustiques et analogiques aux synthés numériques : violons et violoncelle (Alertez Managua), instruments traditionnels tels que le santur ou le kemantche. Le batteur des Silencers (Martin Hanlin) sera convié à l'enregistrement pour donner une touche "rock" aux morceaux. On reprochera au groupe d'avoir copié Étienne Daho pour le single Le Baiser. Pourtant, le groupe a fait écouter le morceau au concerné et il n'a pas trouvé que ça ressemblait...(4) On retrouve le son des débuts dans Soudain L'Été Dernier, mais les morceaux de ce genre se font de plus en plus rare sur les albums.

On ne peut parler de l'époque qui suit sans évoquer le conflit interne du groupe à ce moment. En effet, tous étaient plutôt satisfaits des maquettes qui seraient utilisées pour le prochain album Un Jour Dans Notre Vie, mais Dominique formait avec Phillipe Eidel (réalisateur de Taxi Girl et d'Indochine depuis Le Péril Jaune où il programmait les synthétiseurs) un duo de production fermé. Ça avait déjà été le cas pour quelques albums précédents, mais les frères Sirkis aspiraient à un nouveau son. « Dominique voulait retravailler avec Philipe Eidel. Je n'étais pas d'accord, mais j'ai laissé faire. J'aime bien Philipe Eidel, mais je voulais me sortir un peu de son influence. Stéphane écoutait Nirvana, il avait envie de faire autre chose, et il avait raison... J'ai trouvé que les maquettes étaient beaucoup plus rock et beaucoup plus dépouillées que ce qu'est devenu l'album. »(2) En effet, le mouvement grunge de l'époque faisait fureur et plaisait aux jumeau. Cependant, Dominique refusait de suivre une mode : « Nous sommes restés fidèles à ce que nous étions et nous n'avons pas pris les trains en marche. Ce n'est pas parce que la mode est au grunge que nous allons faire du grunge. C'est vrai que nous avons changé, mais nous gardons toujours notre ligne directrice. »(4) Malgré tout cela, l'album sonne quand même bien plus rock que les autres. Dominique et Stephane ont poussé la distorsion sur leur guitare, et un peu baissé leurs chers chorus-delay. La twanging guitar n'est plus le son-repère du groupe, et les synthétiseurs nerveux sont définitivement bannis. Ils sont remplacés par des instruments acoustiques (trompettes, piano, violons-celles, alto, saxo, trombone, etc...) qui accompagnent la mélodie en arrière-plan, et Dominique s'offre des solos et des parties plus techniques que d'habitude. La voix de Nicola a décidément bien mûri ; finies les relances criardes. On sent le chanteur plus sensuel, et jouant d'avantage sur les mélodies et harmonies vocales. Le tempo général est légèrement plus lent, et la majorité de l'album est une ballade rythmée pop-rock dansante : ce qui rompt quelque peu les liens avec le côté new wave qu'on leur attribuait généralement.

Après Un Jour Dans Notre Vie, Dominique, le compositeur, quitte le groupe. Les jumeaux se retrouvent seuls à deux, et vont rechercher de nouveaux membres. Après une audition live dans l'émission Top Live aux côtés du groupe, Alexandre Azaria (ex-guitariste du Cri de La Mouche). Lui et les frères Sirkis sont fortement influencés par la british pop du moment, et composent Kissing My Song. Preuve que le départ de Dominique n'a pas altéré la capacité du groupe à composer des morceaux rock et accessibles : des élans de voix, soutenus par un mur de guitare saturée. Suite à des conflits d'égo, l'album se fait en double production : Nicola-Azaria / Nicola-Pilot. Encore une fois, des musiciens supplémentaires sont conviés à jouer du violon (Echo-Ruby, Peter Pan), violoncelle... mais la nouveauté réside dans les choeurs gospel (Révolution, Je N'embrasse Pas, Les Silences de Juliette). De plus, Dimitri Bodianski, toujours ami avec Nicola, est invité à poser un solo de saxophone sur Drugstar. Sur ce morceau, on remarque l'utilisation de synthé type Moog pour le riff principal. L'ensemble des sons synthétisés sont assez lisses, peu agressifs et se font plutôt discrets. C'est la guitare saturée d'Azaria qui se charge de donner de la puissance aux morceaux, à l'aide de riffs parfois assez techniques (Coma,Coma,Coma, Echo-Ruby, Les Silences de Juliette, Satellite). On sent l'influence rock désirée par les Sirkis sur Un Jour Dans Notre Vie.

Au cours de l'année 1999, les boys souhaitent sortir un album innovant, et décident de "salir" le son pop d'Indochine. Des mélodies noires, des ambiances glauques... Voici le fil directeur des nouvelles maquettes. « [...] pour nous cet album est "pop-glam-goth". C'est vraiment là où on veut aller, la suite logique de Wax, mais un ton au-dessus dans le côté "dur". »(2) Pour cela, il fallut appeler Olivier Gérard, dit "Oli de Sat" en référence à la conception de la pochette du single Satellite, qu'il a dirigée. Ce fan d'Indochine, mais aussi de Nine Inch Nails, Marilyn Manson, Curve, Aphew Twin... avait envoyé à Nicola des dizaines de cassettes de remixs d'anciens titres. Le son correspondait exactement à ce que recherchait le groupe. Il fut donc convié à arranger et instrumentaliser à sa façon des titres sonnant trop pop. « Pendant l'enregistrement des démos, j'avais commencé à jouer Juste Toi et Moi, et ça sonnait trop Oasis... [On se rend bien compte de quoi il parle en réécoutant la chanson] Du coup, après en avoir discuté avec Pilot, on s'est dit : Tiens, pourquoi on ne demanderait pas à Olivier de faire les arrangements ? On lui envoie la cassette, et là pan ! Il nous fait un truc incroyable ! »(2) Olivier est donc appelé notamment pour les titres Juste Toi et Moi et Rose Song. D'entrée de jeu il répond parfaitement aux attentes des intéressés, et se voit invité à arranger l'ensemble de l'album. La coopération avec Jean-Pierre Pilot, le clavieriste-compositeur fut un succès : « On a gardé quelques trucs tels quels, mais on a aussi samplé beaucoup de choses que l'on a récoltées pour synchroniser ses machines avec les miennes,parce qu'il avait joué tellement spontanément chez lui que ça ne pouvait pas se refaire. »

Qu'apporte Olivier ? Une touche électro-indus assez sombre mais élégante. Nicola, de son côté, a flashé sur le groupe Placebo. « Je les avais repérés sur MTV, à l'époque du premier album. Je trouvais que la pochette reflétait un peu aussi notre univers. J'avais été les voir auparavant au Bataclan, et j'avais trouvé ça extraordinaire. Je m'étais dit : Putain, ça y est, c'est le groupe qu'il nous faut. Enfin, il se passe quelque chose... Il y avait déjà des trucs vraiment bien entre Suede, Blur, Oasis, Radiohead... Mais il manquait ce côté pervers que Placebo avait, et qui était vachement bien... »(2) Gareth Jones est producteur de groupes electro-pop (Garbage, Erasure), ou franchement rock (Nick Cave, Neubauten), il a également réalisé le son de Depeche Mode entre 1983 et 1986. Il semble être le seul à donner le son rock d'Indochine sans le rendre méconnaissable du groupe : « Je voulais que ça sonne rude. Indochine est un groupe puissant sur scène, donc la puissance était importante dans tout le mix depuis le départ. Car les mélodies sont jolies, l'ensemble était assez gentil, mais l'idée générale était de rendre cela très fort et puissant, comme en concert. Je voulais évidemment faire ressortir toutes les mélodies, mais en même temps faire beaucoup de bruit. Il y avait des guitares très énergiques sur les bandes et nous voulions les faire bien apparaître, nous ne voulions pas que ce soit un album trop marqué synthés. »(2) Mais Jones n'est finalement pas sur la même longueur d'onde que les boys (il voulait par exemple mettre un son sec pour la voix, alors que Nicola réclamait des effets et un enrobage complet). Un compromis fut finalement trouvé. Dans le premier morceau éponyme de l'album, Dancetaria, on remarque la collaboration avec le Bulgarian Symphony Orchestra, qui participent largement à l'entrée dans l'univers sombre et glauque de l'album. On alterne donc avec des morceaux trash emplies de sons electros et de sons distordus et des ballades minimalistes à l'intérieur même des morceaux (Rose Song, Venus, Astroboy, Halleluya). Les guitares sont donc, on l'aura compris, à l'honneur dans cet album. C'est en partie dû à la volonté de Nicola de faire ressortir l'énergie qu'a mis le défunt Stéphane (vers la fin de la réalisation de l'album) dans ce projet. On entend pour la première fois depuis longtemps un boîte à rythme dans Manifesto, arrangée à la façon Oli de Sat. Les effets sont multiples et touchent largement tous les instruments : on oscille parfois entre guitare et synthétiseur sans être sûr de ce qu'il en est (Manifesto, She Night). Les synthétiseurs se font assez discrets mais en même temps remplissent complètement l'espace sonore (Astroboy, Le Message, Atomic Sky, Rose Song, Venus). La piste qu'a pris le groupe pour cet album est une valeur sûre qu'il garderont encore quelques temps...

« Moi, je dis que ça va être l'album punk d'Indochine »(2) annonce Nicola au magazine Rock Sound concernant le prochain album. Si Oli doit être réjouit, il n'en est pas de même pour Pilot, qui finit par quitter le groupe pour divergence musicale. Ayant en tête un son sale à la Dancetaria en moins glauque et beaucoup plus énergique et intense, Nicola et Oli mettent par terre une trentaine de compositions en deux mois. Les influences de Oli et de Nicola se ressentent : New Order (Le Manoir), Depeche Mode, Cure, Nine Inch Nails (Like A Monster), Marilyn Manson (Marilyn ressemble au titre Rock Is Dead), Placebo (La Nuit Des Fées), Smashing Pumpkins, parfois même Rammstein... et le son se rapproche du métal indus. Les guitares saturées, comme des marques de fabrique, résonnent tout au long de l'album. La voix de Nicola est fortement modélisée sur cet album. Tantôt un son type radio/megaphone(Punker, Paradize, Like A Monster), tantôt une voix planante et résonnante (Comateen, La Nuit Des Fées, Marilyn, Le Manoir). Le chanteur se plaît sur certains morceaux à superposer plusieurs pistes de voix aux intonations différentes (Dunkerque, Marilyn). On pourra aussi remarquer une batterie très rock et une très faible utilisation d'instruments acoustiques (violons sur Mao Boy!, assez peu de guitares acoustiques) au profit des synthétiseurs, omniprésents et participant largement aux mélodies (La Nuit Des Fées, Marilyn, Like A Monster, Paradize). Tous les morceaux de l'album sont intenses et emplissent sans répit le champ sonore. On associera à cette époque Indochine et Placebo. Malgré le respect et l'admiration de Nicola pour le groupe, celui-ci répondra : « Quand je vois comment il est dans les loges et ce qu'il prend (Brian Molko), c'est sûr qu'il est beaucoup plus rock que moi. Placebo est plus noisy, plus Sonic Youth qu'Indochine »(1)

Après le succès de Paradize, le groupe reste sensiblement dans le même registre sonore pour Alice et June, mais explore des voies plus diversifiées. Entre de douces ballades (Tallula, Morphine, Pink Water) aux dominantes synthétiques, on trouve des morceaux à tendance trash (Vibrator qui résonne comme un Punker-bis, Black Page, June, Aujourd'hui Je Pleure, Harry Poppers) et le reste des morceaux majoritaires, résonnants comme des rock-song soft aux élans intenses (Alice et June, Gang Bang, Belle et Sébastiane, Crash Me, Starlight). Outre les synthés aux sonorités originales (LadyBoy, Tallula, Ceremonia, Morphine), le mur de guitare saturées omniprésent, on remarque l'invitation de chorales (Scala [Belge] notamment) dans LadyBoy, Black Page, Starlight, Morphine qui participe à l'univers faussement enfantin de l'album. Comme dans le dernier album, de nombreuses loops sont utilisées dans Alice et June ; c'est-à-dire que le groupe privilégie la répétition en boucle des riffs, gimmicks, rythmes de batterie à une prise plutôt "live" de l'ensemble des titres. La voix de Nicola et les effets associés n'ont pas trop changé, et on retrouve parfois la superposition de voix (Ceremonia, June).

Le dernier album à ce jour, marque plusieurs ruptures instrumentales avec les deux précédents albums. Par exemple, on fête le grand retour des instruments acoustiques : guitares acoustiques (Little Dolls, Un Ange À Ma Table, Playboy, Le Grand Soir, Mexicane Syndicate, We Are The Young), Ukulélé (Le Grand Soir), Toy-piano (Le Lac, Union War, La Lettre de Métal), trompettes (Mexicane Syndicate), accordéon (Le Grand Soir), piano classique (Little Dolls, Le Lac, L World, Le Dernier Jour), mais on n’oublie pas les gimmicks purement synthétisés (Playboy, Les Aubes Sont Mortes, Un Ange À Ma Table). Les guitares sont font un peu moins saturées dans l'ensemble : on reste surpris au début par l'intro de Junior Song, la distorsion est peu poussée sur Go Rimbaud Go !, Le Lac, Playboy. On accorde ici plus d'importance de prises lives, surtout pour la batterie, dans Mexicane Syndicate, Junior Song... Celle-ci sonne globalement plus acoustique avec un son plus brut sur certains titres (Mexicane Syndicate, Republika, Un Ange À Ma Table). À l'inverse, on croirait entendre une boîte à rythme sur Playboy, Les Aubes Sont Mortes. L'album est donc étonnamment varié, conservant le son fidèle à Indochine en innovant encore une fois.

En trente ans de carrière, Indochine est parvenu à innover dans son univers musical sans pour autant le dénaturer. Cette évolution, en plus d'être celui du temps et de l'expérience, est le fruit de départs et de rencontres. Comment expliquer que des personnes différentes puissent produire des morceaux aux résonances semi-similaires ? Pourquoi des morceaux aussi éloignés dans le temps et dans les circonstances tels que L'aventurier, Trois Nuits par Semaine, Des Fleurs pour Salinger, Punker, Le Dernier Jour... peuvent-il se mélanger à merveille en live ? Le mystère plane. Nicola a toujours été là pour diriger la conception des albums, et il n'en a jamais sorti un sans qu'il soit sûr qu'il soit "bon"... : Sans être sûr que ce soit bien "le son d'Indochine", pourrait-on penser. Il a été aux côtés de Dominique, au centre de Pilot et Azaria, puis en binôme avec son frère, avant d'accorder sa confiance à Oli de Sat, qui savait (et qui l'a prouvé) "ce qui était bon pour Indochine"(4). Finalement, aucun album n'a été le résultat d'une performance individuelle. Le renouveau perpétuel d'Indochine est-il alors dû aux départs ou aux rencontres ? Nicola a déjà proposé sa réponse le 1er mars 2009 sur la plateau de France 2 :

« - Qu'est ce que vous retenez de ces 30 ans de carrière, longévité record pour un groupe de rock français ?

- La vie. »


Ulysse



(1) http://kissing.iquebec.com/eu418.htm
(2) Indochine, Insolence Rock,
Sebastien Michaud
(3) Reportage "Un Flirt Sans Fin",
Canal
(4) Indochine Story, Anouk Vincent[/center]
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morino-yû

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Age : 36

MessageSujet: Re: N°11 - Le son d'Indochine   Jeu 15 Avr - 7:14

heu bon, j'ai pas le temps de tout lire, mais si tout l'article ressemble aux 3 premiers paragraphe...c'est super!

_________________
"Je n'en sais pas plus que vous qui êtes assis autour de moi, mais je voudrai vous offrir mon humble avis"

"le monde est un pervers et je continuerais de le braver"

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MissMarco

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Age : 44

MessageSujet: Re: N°11 - Le son d'Indochine   Jeu 15 Avr - 13:58

Putain d'article !

_________________
Ca fait, quand même, un mal de chien d'être bien !!!
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Nadine_ Crow

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Messages : 782
Date d'inscription : 24/09/2007

MessageSujet: Re: N°11 - Le son d'Indochine   Jeu 15 Avr - 23:34

Bravo !
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MessageSujet: Re: N°11 - Le son d'Indochine   

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N°11 - Le son d'Indochine
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